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La critique flingobissienne

 

16/11/2008

WALKER

Avec Appaloosa, western superbe sorti en octobre 2008, Ed Harris revient sous les feux de la rampe ! Cet événement me donne l'opportunité de rééditer mon papier sur Walker

affiche-Walker-1987-1.jpg


Ils ont incendié Coblentz,
Les fiers dragons de Noailles,
Et pillé le Palatinat.
Lon lon la, laissez les passer
Ils ont eu du mal assez.


Parmi les Walker illustres, il y en a trois particulièrement chers à mon cœur de vieux cow-boy : le capitaine Samuel H. Walker, bien sûr, vétéran des guerres contre l’invasion mexicaine et génial concepteur du colt qui porte son nom ; le ranger TV Chuck Norris, à un moindre degré mais quand même… Et William Walker, le Tennessien barje, l’irrésistible conquérant du Nicaragua… C’est de ce dernier dont je veux vous parler aujourd’hui, et de l’espèce de western atypique, un rien tendancieux, fait autour de son invraisemblable personne par Alex Cox. On le trouve en DVD chez Leclerc pour quelques misérables euros, alors comme le dit Doc Devo : « N’hésitez pas, offrez-vous un chef-d’œuvre ! »
Ce western zarbi s’intitule Walker, en toute simplicité, ce à quoi on pourrait ajouter ou les tribulations d’un illuminé grave en Amérique centrale, car pour une fois le mythe est vraiment tourneboulé, l’hagiographie chahutée. Mais que les esprits forts ne se réjouissent pas trop vite : William Walker (Ed Harris) est et demeure un vrai héros, avec des parts de sublime et de grotesque comme dans la vie. Son truc, c’est d’aller toujours de l’avant, d’emmener sa troupe sous les balles qui sifflent à la manière sans peur du Petit Tondu sur le champ de bataille. En cela, il est grand : « William Walker est de ces hommes pour qui l'héroïsme (ou la folie ?) est la forme supérieure de l'Art. » C’est vrai, Walker s’est brûlé les méninges à la lecture de Lord Byron. Il appartient, comme Wild Bill Hickok, à cette race supérieure d’esthètes mégalomanes qui tiennent à faire de leur vie une œuvre d’art. En cela, il annonce Oscar Wilde, la déliquescence en moins, car notre homme a l’âme militaire et vomit les avachissements. Cox le montre intransigeant, voire extrêmement cassant avec ses mercenaires. Quand l’un d’entre eux le contrarie, il entre en transe et le crible de balles jusqu’à ce que mort s’ensuive, armant et réarmant convulsivement le chien de son navy buntline dernier cri, grimaçant comme un possédé. En cela il est dingue et diffère par exemple de William Barrett Travis, avec qui pourtant on est bien tenté de le comparer. Comme Travis en 1836 à Alamo, Walker, vingt-sept ans plus tard à Sonora, attend des renforts qui n’arrivent pas pour défendre la petite république qu’il a fondée avec une poignée d’amis, et qui se trouve sauvagement agressée par l’armée mexicaine. Comme Travis, il a fait du droit et du journalisme… Mais là s’arrêtent leurs similitudes. Travis est un seigneur du Sud, un esprit aristocratique et réactionnaire. Walker est un faux-cul de démocrate, un bigot étriqué, hygiéniste (« l’hygiène étant à ses yeux une des mamelles de la civilisation, au même titre que Dieu, la démocratie ou l’éducation ! »)… Néanmoins, je pense que tel qu’il est, il précède aux glorieuses portes du Walhalla Yukio Mishima, Tyler Durden, et pas mal d’autres furieux “dikhotomos”…
La volonté romantique de mourir les armes à la main, de ne pas quitter ce monde sans cicatrices, l’habite bien davantage, quoiqu’on en dise, que celle de faire fortune. Aussi, quand le magnat Cornelius Vanderbilt (Peter Boyle), sorte de Jabba le Hutt avec des favoris broussailleux, lui demande d’aller foutre un vieux coup de démocrassouille au Nicaragua pour optimiser ses transits mercantiles et intestinaux, Walker refuse. Sur ces entrefaites, Ellen Martin (Marlee Matlin), sa fiancée sourde et muette, meurt du choléra. Notre héros est désespéré : c’était son unique amour, la vierge impétueuse destinée à lui assurer la félicité sur terre, et à lui verser l’hydromel, breuvage d’éternité, au Paradis… Dès lors, l’aventure nicaraguayenne devient pour lui le seul « dérivatif à sa mélancolie », et il y plonge tête baissée. À la tête d’une soixantaine de mercenaires aussi intrépides et disjonct’s que lui-même, il part conquérir l’ensemble de l’Amérique centrale pour en faire un seul État esclavagiste fédéré aux États américains du Sud. Rien ne peut l’arrêter. Il se sent investi d’une mission sacrée, et en juillet 1856, il s’autoproclame président du Nicaragua. En général, tout le monde le trouve agaçant, jusqu’à aujourd’hui certains folliculaires de gauche : « La réaction à l’invasion flibustière de Walker a cimenté le nationalisme du Nicaragua et a largement contribué au sentiment antigringo toujours tenace chez les habitants du petit pays d’Amérique centrale. » Tiens, il est donc des “invasions” qui sont en droit de cimenter chez les autochtones un quelconque nationalisme ? C’est nouveau, ça vient de sortir, pas en France en tout cas !
En décembre de la même année, Walker découvre que sa maîtresse (Blanca Guerra) le trompe. Il est vraaaaaaaaiment contrarié et pique une crise de nerfs hors norme durant laquelle il met à feu et à sang Granada, la capitale du pays, à titre de représailles. C’est du moins l’hypothèse que Cox a choisi de porter à l’écran, parce que bien entendu la plus délirante, la plus bouffonne, la plus spectaculaire… Mais on peut s’interroger. Pourquoi Walker, soldat de fortune respectueux et authentique amateur d’art, aurait-il brûlé Granada, ce joyau de l’architecture coloniale construit en 1524 par les Espagnols ? Cela ne lui ressemble guère. L’acte pyromaniaque est plus probablement le fait d’une coalition de légitimistes et de démocrates qui voulait reprendre le manche, et faire porter le chapeau au gringo magnifique ! De plus, la ville toujours chaude, dominée par le volcan Mombacho, était sujette à de fréquents embrasements. La possibilité du sinistre accidentel n’est donc pas totalement à écarter. De nos jours, les historiens ne mettent qu’avec beaucoup de réserve le grand incendie de Rome à l’actif des crimes de Néron. Gageons qu’il en ira de même pour Walker, lorsque l’anti-américanisme primaire fera figure de vieille lune, ce qui au train où vont les choses ne saurait tarder…
Le 12 septembre 1860, dès potron-minet, un homme de 36 ans en redingote noire est conduit sur la plage de Trujillo, au Honduras, pour y être fusillé. Il fait face crânement au peloton d’exécution, et tombe en avant, le nez dans le sable, aussi raide qu’une quille. Ainsi s’achève l’équipée nicaraguayenne de William Walker, Don Quichotte exalté, homme de principes, « haut en couleur, sec, rigoureux jusqu’à sembler injuste et violent, et surtout habité par un véritable et sincère “esprit pionnier”. »
Le film de Cox (qui date de 1987) lui rend hommage un peu sarcastiquement, avec une bonne dose de surréalisme, mais aussi infiniment de respect. Ed Harris confère au personnage ce côté “excentrique centré” si difficilement appréhensible. On sait qu’il a également incarné avec subtilité Jackson Pollock, autre génie complexe et jusqu’au-boutiste, qui continuait de peindre furieusement malgré sa santé délabrée. Sy Richardson est remarquable en captain Hornsby, le Black colossal fidèle second de Walker, qui décime l’ennemi à coups de batte de base-ball. Cette batte constitue d’ailleurs le seul anachronisme rigolo du film !

Walker4.gif

 

18:15 Publié dans Rosbif | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags : ed harris, appaloosa