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06/06/2009

FERDINE COWBOY !!!

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Dans L’Illustré National, en 1915, paraît ce superbe dessin figurant le maréchal des logis Louis Ferdinand Auguste Destouches alias Céline chargeant sous la mitraille aussi bravement que Rooster Cogburn (Ha ! Ha !) dans Cent dollars pour un shérif. Ferdine s’était porté volontaire pour une mission dangereuse dans les lignes boches, il s’en sortira avec seulement un brandillon endommagé et sera cité à l’ordre du régiment et décoré. Pour un prétendu nihiliste, c'était pas mal ! Prenez-en de la graine, les petits gars !

16:54 Publié dans Baguetti | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : céline, john wayne, heroes

11/01/2009

PINKERTON SKELETON

Nous avions, mon frère et moi, retrouvé en 2006 Bernie Triquenot qui incarnait Alan Pinkerton dans Pinkerton Skeleton, et obtenu de lui une interview (qui n’est pas encore transcrite !)
Selon Bernie, Pinkerton Skeleton était en cours de restauration, et des pourparlers engagés entre Patrick Granier et Karim Bourouba devaient aboutir à sa prochaine édition chez Seven7. Deux ans se sont écoulés, et nous ne voyons toujours rien venir…

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PINKERTON SKELETON (Réédition)

Qui a dit que le « baguetti » western était un genre mort, quasi inexistant ? Heu… moi il me semble, et ici même sur ce blog… Mon ami Claude Chapuis, spaguétophile averti et bon connaisseur de l’euro western en général, m’ayant fait remarquer que j’exagérais un peu, je lui demandais de m’en fournir ne serait-ce que l’ombre du commencement d’une preuve. Et pas des pantalonnades avec Fernandel ou Pierre Perret, j’exigeais des exemples de vrais french westerns bien “loud”, pleins de fureur et de couleurs, comme savent en faire les Italiens.
« PINKERTON SKELETON ! » m’a-t-il rétorqué comme une évidence, et il a sorti de ses tiroirs les quelques documents qu’il conserve de ce petit (mais flamboyant !) western français, ça m’a rafraîchi la mémoire, je me suis souvenu effectivement avoir vu au moins une fois Pinkerton Skeleton en 1971, dans le cadre d’un festival de courts métrages à Chaillot. J’avais été épaté par la violence inattendue de ce film en même temps que par son aspect délibérément vieillot : on aurait dit un mélange insolite de Into the Badlands et de The Great Train Robbery !!! Je dis ça aujourd’hui rétrospectivement, bien sûr.
C’est Patrick Granier, le futur collaborateur de Jean-Pierre Mocky et comédien de Bunuel, qui avait réalisé avec une bande de copains tous accros western ce petit bijou sulfureux. Claude Chapuis m’a remis précisément son script délirant en mémoire. Qu’on en juge :
En 1865, juste avant son assassinat, Abraham Lincoln (Guy Lehideux) charge le célèbre détective Allan Pinkerton (Bernie Triquenot) d’élucider une sinistre et peu ragoûtante affaire : un chien fantôme, genre chien des Baskerville, hante les cimetières yankees et profane les sépultures. Les esprits superstitieux pensent qu’il s’agit en fait du dernier descendant d’une vieille famille sudiste anéantie par la guerre qui se venge de cette façon, en prenant l’apparence d’un terrible clébard ectoplasme aux yeux fluorescents qui vient déterrer et dépecer les nuits de pleine lune les dépouilles des soldats nordistes. Une scène choc montre Appomattox (c’est ainsi que la rumeur désigne le ghost dog !) arrachant d’un coup de croc les burnes d’un défunt et les happant ! Ah ça, Granier n’a jamais fait dans la dentelle, et son métrage ne laissera pas un souvenir impérissable dans les annales du bon goût.
On aurait utilisé pour les besoins de la scène une paire de couilles de veau, mais j’ai des doutes quant à l’authenticité du document fourni par Claude Chapuis (pardon Claude !) : Appomattox semble comme harnaché et il n’a pas l’air bien méchant. Peut-être cette photo provient-elle d’un bout d’essai. J’y retrouve néanmoins l’ambiance du film.

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Les moyens étaient pauvres, la photographie bizarre tantôt sépia tantôt grisâtre tantôt chaudement colorée, les effets spéciaux aussi foireux que ceux du Bunker de la Dernière Rafale, mais l’esprit était là. Pinkerton Skeleton regorge de trouvailles. Les acteurs, tous des amateurs, sont bons autant que je m’en souvienne, à commencer par Bernie Triquenot, le principal protagoniste, vaguement sosie d’Anthony Steffen, demi de mêlée à l’ASPTT, qui excelle dans les castagnes de saloon et monte correctement à cheval. Son manteau à chevrons demeure cependant incompréhensible, mais n’est pas plus étrange au fond que le chapeau de paille de Frank Wolff dans Le Grand Silence, et on voit assez bien Allan Pinkerton loqué comme ça.
Non content de jouer Lincoln, Guy Lehideux, en forme olympique, aurait assuré à lui tout seul l’ensemble des cascades difficiles, costumé et grimé différemment selon les circonstances. Et il paraît que c’est Claude Ledu, le réalisateur de Une Prière de plus pour Remington, qui tient le rôle fugace du fossoyeur dans ce shorty métrage de Patrick Granier. La légende veut également que ce soit Norbert Moutier, le mythique fondateur de Monster Bis, qui ait supervisé le tournage des extérieurs à Ermenonville et dans les environs de Forcalquier, tel John Ford intervenant sur le tournage d’un jeune confrère…

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Tout cela donne bougrement envie de revoir Pinkerton Skeleton. Espérons que le réalisateur en a au moins préservé une copie, et qu’elle fera un jour l’objet d’une édition chez Seven7 ou Neo Publishing.

19/12/2008

LE GORILLE VOUS SALUE BIEN

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Réal. : Bernard Borderie (1957)
Scén. : Bernard Borderie & Jacques Robert
Lino Ventura : Géo Paquet dit « Le Gorille »
Charles Vanel : Colonel Berthomieu dit « Le Vieux »
Pierre Dux : William Veslot
Bella Darvi : Ysoline
Marie Sabouret : Chaboute
Jean-Pierre Mocky : Zébu
René Lefèvre : Inspecteur Blavet de la DST
Robert Manuel : Casa
André Valmy : Mauricet
Jean Mercure : Ryart, le directeur de la DST
Jean-Roger Caussimon : Léon
Henri Crémieux : X.A. Pallos
Robert Berri : Combinat
Jean-Marie Rivière : Valerio
Yves Barsacq : Berthier
René Bergeron : L'inspecteur de l'hygiène
Jean Max : Smolen
Maurice Chevit : Le 2ème inspecteur de l'hygiène
Guy Mairesse : Le tueur


Vous êtes fan jusqu’à l’os de Quentin Tarantino. Vous avez visionné au moins un demi-milliard de fois Reservoir Dogs et Pulp Fiction sans éprouver jamais la moindre lassitude. (Et vous le vénérez encore plus, le Tarantino, depuis qu’il est apparu dans Sukiyaki Western : Django, le fameux spagh-jap-western !)
Vous avez raison d’admirer ainsi le Tennessien cinéphile et son œuvre érudite, mais sachez qu’il ne s’est pas gavé uniquement de séries B asiatiques dans le vidéo-club de sa jeunesse, il se zieutait aussi du Bernard Borderie !
Eh oui ! Et il semblerait même qu’il ait été tout particulièrement sensible aux mésaventures de Géo Paquet (Lino Ventura), l’agent des services secrets français, dans Le Gorille vous salue bien.
« Ce film d'espionnage autrefois idolâtré, avec sa flopée de règlements de compte, a largement fait son temps, ce qui est probablement l'une des raisons de son dénigrement total de la part des chaînes de télévision, actuellement. Certes, si les moyens mis en œuvre semblent risibles aujourd'hui, notamment pour les scènes de combat, etc. »
Voilà le genre de conneries bien grasses qui se répètent chez nous à présent sur un chef d’œuvre de Borderie ! Rien de plus faux ! Il faut avoir vu Lino faire tournoyer ses adversaires en l’air avant que de les envoyer s’affaler comme des pantins disloqués ou s’arc-bouter pour retourner à lui tout seul une Peugeot 203 dans le fossé (plus balaise encore que Superman en front cover d’Action Comics #1) pour mesurer à quel point c’est du bon « chinéma », comme disent les Japonais !

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Combinat (Robert Berri) se paie une chicore monstre contre Lino : ils se torchent sévère sans ménagement pour le mobilier et sans être doublés. J’ai la nostalgie de ces années où nous savions faire autre chose que des petits films de cul à prétention psychanalytique. Contrairement aux Italiens et aux Américains, les Français n’ont pas d’estime pour leur propre patrimoine, ils ne savent ni l’apprécier ni le valoriser, ils brûlent ce qu’ils ont adoré, leur souci d’apparaître « chébran » les rend idiots.
Quentin Tarantino, lui, ne s’y est pas trompé. La force et la noire plasticité du Gorille, son extrême violence, semblent l’avoir inspiré, en particulier pour son personnage de Victor "Vic" Vega alias Mr. Blonde (Michael Madsen) dans Reservoir Dogs. On peut même dire que Mr. Blonde est une réplique grand-guignolesque de Zébu (Jean-Pierre Mocky alors jeune et beau !), le secrétaire psychopathe de William Veslot (Pierre Dux) dans Le Gorille. Qu’on en juge : après s’être fait tabasser en sous-sol (suivant un cérémonial qui annonce le spagh-western) par Combinat et consorts, Lino est placé sous la garde de Zébu qui entreprend de lui rissoler la tronche au chalumeau malgré la consigne de son patron de le surveiller en douceur. (On pense tout de suite bien entendu à Mr. Blonde en train de couper l’oreille du flic !) Mais Chaboute (Marie Sabouret), la femme du Gorille, fait irruption et abat Zébu avec le même à-propos que Mr. Orange… Certes, Zébu est une simple figure archétypale, sa psychologie n’est pas fouillée et son temps à l’écran demeure assez bref, mais il est « le type primitif », le modèle pris et complexifié par Tarantino.
Conclusion (pas partisane) : Tout vient du cinéma français.

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13/12/2008

La Môme Vert-de-gris ou les tribulations d’un cow-boy à Casablanca

Réal. : Bernard Borderie (1953)
Adapt. : du roman de Peter Cheyney par B. Borderie
Interp. : Eddie Constantine, Dominique Wilms, Howard Vernon, Jean-Marc Tennberg, Dario Moreno, Maurice Ronet, Jess Hahn, Jack Ary, Roger Hanin…



C’est par un lent et vespéral panoramique sur le port de Casablanca que débute le film de Borderie. Mais tout de suite ça s’accélère, voici minuit assassin au cœur de la Médina, avec ses indigènes moites et ses européens insomniaques… Une voix off à la Pizella exotique (Stéphane Pizella, celui qui faisait vibrer vos grand-mères du temps où elles étaient vierges avec ses Nuits du bout du monde sur Inter Variétés !) nous plonge dans le cloaque. L’agent secret Mickey (Maurice Ronet) se fait salement buter dans la boîte interlope de Joe Madrigal (Dario Moreno, qu’on retrouvera l’année suivante suintant et jouant à la mouche contre Fernandel dans Le Mouton à cinq pattes), et on apprend qu’un convoiement de lingots d’or en provenance des Etats-Unis va être attaqué par les mêmes qui ont descendu Mickey ! Merde, alors ! Aussitôt le FBI dépêche son cow-boy maison, Lemmy Caution (Eddie Constantine), pour enquêter et mettre un peu d’ordre dans ce souk…
« Eddie Constantine, c’était comme un Américain à Paris tombé d’une barge du débarquement en Normandie et resté sur place pour notre plaisir. Le sien aussi, sans doute, puisqu’il prit la nationalité française ». La guerre était terminée depuis pas si longtemps, et ce qui bluffait (et bluffe toujours) les Français coincés, c’était une certaine insolence : celle du boit-sans-soif qui roule des mécaniques en faisant des bons mots et tombe les meufs avec désinvolture. Le côté « Cigarettes, whisky et p’tites pépées » si on se souvient, sans oublier la castagne et les rodéos en grosses bagnoles chromées genre Buick et Chrysler Windsor… Alors avec Eddie en Lemmy Caution, ils étaient servis les Français ! Ils l’avaient enfin leur Humphrey Bogart, tête de lard mais bon gars dans le fond, avec de la gouaille et du punch, une tronche grêlée pas mal cinématographique… À son supérieur hiérarchique qui lui demande (avant de l’envoyer au casse-pipe) s’il est en forme, Caution répond façon Groucho Marx : « Superbe, demandez à la secrétaire ! » Un homme capable de telles réparties ne peut qu’en découdre frontalement avec ses adversaires quand il en a. La bande à Rudy Saltierra (Howard Vernon), que Caution soupçonne du meurtre de Mickey, va l’apprendre à ses dépens.
La poule de l’infâme Saltierra, la chanteuse de cabaret Carlotta de La Rue dite “La Môme Vert-de-gris” (Dominique Wilms), bien qu’elle s’en défende, a tout de suite le béguin pour Lemmy Caution. Lui aussi va craquer pour elle, quand il la verra susurrer une rengaine dans sa longue robe fourreau qui la fait ressembler à un pâté impérial grassouillet trônant à l’étal d’un traiteur chinois… J’exagère un peu, Dominique Wilms est charmante, et elle pourrait être ma mère. Elle a la voix qui traîne façon Arletty, on sent la Parigote, et quand elle babille avec l’autre ouistiti du FBI à l’accent amerloque, ils forment vraiment un duo délicieux ! Leur flirt va foutre en l’air les petites combines machiavéliques de Saltierra. Carlotta prend définitivement en grippe ce dernier lorsqu’elle apprend que c’est lui l’assassin de Mickey (qui était son frère à elle !) Oh my God ! Quel mélo !
Constantine excellait dans les bastons. C’était pas le gros gabarit, Eddie, c’était pas la montagne yankee, mais il savait cogner sec. La dérouillée qu’il inflige dans l’entrepôt au gros sunlightman est un modèle du genre, et on ne se lasse pas d’en revoir la chorégraphie. Cet homme est dangereux, qui n’est pas un Borderie mais un Sacha de la meilleure eau, s’achève par une bagarre d’enfer entre Lemmy Caution et le chef des gangsters (Grégoire Aslan). On touche là à un sommet : ils se torchent dans des balles de foin et y vont à la fourche comme dans le plus saignant des spaghs ! On est scié de découvrir chez le placide Coco Aslan tant de fureur dévastatrice !
Revenons à La Môme Vert-de-gris. Jean-Marc Tennberg, inoubliable une dizaine d’années plus tard dans le feuilleton télévisé La Belle et son Fantôme, y tient le rôle de GDB, un journaliste alcolo assez répugnant, ami de Caution qu’il va trahir. Mais GDB ne l’emportera pas au Paradis. Il finira mal. Il n’aura pas la belle mort digne et japonisante de Cheyenne (Jason Robards) dans Il était une fois dans l’Ouest, c’est le moins que l’on puisse dire. GDB crèvera lui aussi d’une balle mal placée, mais comme un rat, riboulant ses gros yeux globuleux de poivrot halluciné, gesticulant, exsudant la trouille et l’alcool à pleins pores… La scène de son agonie nocturne est digne des meilleurs films noirs américains. Car, contrairement à ce qu’un vain peuple pense, La Môme Vert-de-gris n’est pas un nanar. C’est une bonne copie de polar hollywoodien, à la française. Avec quelques défauts, d’accord, mais dans l’ensemble on a un gros plaisir à se visionner ça, un plaisir analogue à celui qu’on prend à mater Pour un whisky de plus ou La Griffe du Coyote en DVD de hall de gare. Et tiens, puisque j’en suis à évoquer des westerns paellas, je trouve ma foi bien plaisant de trouver dans La Môme Vert-de-gris Jack Ary et Jess Hahn en hommes de main de Saltierra. Les connaisseurs se souviendront certainement de ces deux attachantes trognes de l’euro-western vouées aux emplois de seconds couteaux. Je chéris particulièrement Jack Ary, parce que c’est un natif comme moi de Saint-Sulpice-Laurière, et qu’il est remarquable dans Dynamite Jack. Jess Hahn aussi on le voit dans Dynamite Jack, et dans Captain Apache, et dans Les Quatre Mercenaires d’El Paso aux côtés de Lee Van Cleef… Dans La Môme Vert-de-gris, il est le geôlier gros nounours de Caution que l’on tient prisonnier à fond de cale comme Tintin dans Le Crabe aux Pinces d’Or, il lui porte même un méchant coup au foie…
Ah, j’oubliais Roger Hanin, le poupin garde du corps de Saltierra ! Lui, il a joué en 72 aux côtés d’Ernest Borgnine et William Holden dans La Poursuite Sauvage (The Revengers), excusez du peu.

16:51 Publié dans Baguetti | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cowboy, polar, borderie

11/10/2008

Une dernière prière pour Remington

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1996
Durée : 11 minutes
Réal. : Philippe Bruhl
Avec : Claude Ledu, Gérard H.Vachin, Vincent Pelletier, etc.
Prod. : Toulouse connection, ESAV.


L’attaque du fourgon a foiré. Les outlaws sont en fuite. La voix off, par pur fétichisme, est en
italien : « Le désert restait notre seule terre d’asile… »
On assiste effectivement à la progression dans le désert texan (en fait les plaines de l'Aragon) des quatre gusses (quatre comme les Dalton !) en pleine déconfiture. Il y en a un qui traîne Dieu sait pourquoi un cercueil comme Franco Nero dans Django, un autre qui boîte comme Robert Woods dans Black Jack, le troisième s’est fait un look à la Tomas Milian et joue de la lame comme Ramon Zarate. Remington (Claude Ledu), quant à lui, exhibe un superbe colt navy à carcasse dorée qui vient tout droit de la mythique fabrique Pietta. Toutes ces “petites choses” ont sur moi un étrange pouvoir, et dans mon fauteuil je commence à me dilater, à me sentir bien : voilà enfin un petit western français qui a de la gueule, un concentré de références spaghetties mêlé de surréalisme à la Bunuel, dans le droit fil de Pinkerton Skeleton. Le “beauf esthète” (de cheval) que je suis est aux anges, car comme chacun sait : Les Anges mangent aussi des Fayots.
Traqués par leur ennemi qui demeure invisible, paranos comme une meute de chacals, les pauvres loquedus se figent en position défensive à la moindre alerte, pointant leurs pétoires vers les quatre coins de l’horizon vide. Pour un peu, comme ça, on les prendrait pour Le Carré des Chérubins.

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« Le tueur exécutait méthodiquement mes hommes. Miguel fut le premier à disparaître. » Ainsi se plaint Remington dans le désert flouté. Miguel, c’était le mec à la dégaine milianesque. Exit Miguel. Et c’est ainsi à chaque nouveau tir du sniper. Remington commence à être mal. Les remugles de son passé sanguinaire lui remontent au ciboulot en un flashback noir de suie comme son âme : « Même les hors-la-loi ont un passé, même les hors-la-loi ont une famille. » Il revoit la sienne attablée sous la lampe. Un abbé en col romain bénit le repas. Il y a là aussi une jeune fille aux longs cheveux lisses (comme les portait Jane Birkin dans les sixties), un gamin et un couple… Remington fait son entrée de mauvais garçon. À l’extérieur, ses hommes n’attendent de lui qu’un signe. Remington pousse rudement la maîtresse de maison pour s’installer à sa place, et sans plus de façons attaque une assiettée fumante de fayots. C’en est trop pour l’abbé qui, à l’autre bout de la table, tape du poing pour marquer sa réprobation. Remington se dresse alors, et en un funeste ballet massacre les siens, l’abbé en tête. (Là, on perçoit une note anticléricale assez déplaisante à la Chien Andalou). L’espace d’une seconde, Remington vole même en canardant tellement il est furax, comme dans du Quintano, comme Chow Yun-Fat dans un métrage hongkongais. La jeune fille aux longs cheveux lisses a essayé d’échapper au carnage, elle s’est précipitée à l’extérieur quand ça a commencé à chauffer, elle s’est réfugiée dans les gogues en planches du jardin. Fatale erreur, les sbires de Remington cernent les lieux d’aisances et les transforment en écumoire à coups de winchester, la malheureuse est transpercée de part en part comme la partenaire d’un magicien dans le tour de la malle des Indes… Fin du flashback.
En arrivant dans les restes de la citadelle de Blindman, Remington réalise que c’est son propre frère qui les tue tous ainsi ! Ah, cabbbrrrron ! Le gunfight final entre eux, sous un soleil rouge piment, est géant. Le frangin de Remington use d’un police sheriff’s 1862 à canon court, une variante de l’army 1860. La puissance de feu est telle que, sous l’impact des balles, les bides des duellistes pètent comme des préservatifs surspermés et volent violemment en sanguinolescences. Remington achève sa vie en blasphémant horriblement. Et tout cela en la présence insolite d’une vieille caméra sans opérateur. Il est clair que nous sommes ici dans une dimension chère au cœur de Leone : « Le cinéma dans le cinéma ».

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12:35 Publié dans Baguetti | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : western, cowboy, cinéma

12/09/2008

VIGOUROUX LA FUREUR DE VIVRE

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À l’heure du sukiyaki western (je ne manquerai pas bien entendu de vous parler un jour du “petit” Miike !), il m’apparaît opportun de célébrer un peu, de Joë Hamman à Robert Hossein, les temps forts, voire canoniaux, de notre cher western français (dit “baguetti” en hommage à la baguette nationale). Si le baguetti a tendance à rassir un peu de nos jours (Blueberry), la faute en revient aux Français eux-mêmes. L’aspect rude du genre ne les interpelle plus tant ils sont devenus mollassons et érotomanes, zélateurs des pires conneries à prétention intello. Mais n’oublions pas, par exemple, que c’est en 1961 dans un baguetti western, Dynamite Jack, la terreur de l’Arizona, que le Palois Donal O’Brien, une future “gueule” du spagh’, fit des débuts plus que prometteurs en lynchant Fernandel ! Johnny Hallyday, avant que de prêter en 1969 sa félinité à Hud dans Gli Specialisti, avait eu l’occasion de se roder dans D’où viens-tu Johnny ?, un baguetti du meilleur levain poursuivant à sa façon la tradition des westerns camarguais du temps de Folco de Baroncelli
Aujourd’hui, il sera question d’une étonnante rareté du baguetti : Vigouroux la fureur de vivre, un moyen métrage totalement déjanté, réalisé en super 8 par Patrick Granier vraisemblablement entre 1972 et 1975 juste avant (ou après ?) Pinkerton Skeleton. Tout d’abord, il faut savoir qui est Vigouroux. Vigouroux est une figure légendaire de la scène underground parisienne du début des années 70, au même titre que Jacques Robiolles ou Dashiell Hedayat. (On notera que ce dernier n’est devenu véritablement underground qu’à l’aube des années 2000, quand il a publié Tartuffe fait ramadan et À contre Coran. Rayé des contrôles de la fnac, le mec !)
J’ai eu le bonheur de passer personnellement, en 1971, une soirée en tête à tête avec Vigouroux Au Jardin Impérial, et j’en étais venu à penser que ce n’était pas Droopy, mais bel et bien Vigouroux qui avait inspiré à Gotlib le personnage de Gai-Luron. Vigouroux faisait l’objet, dans le cercle potachique où il gravitait, d’un tel culte qu’ils avaient décidé de lui consacrer un film, un western ! Les principaux acteurs en furent Alain Petit, Alain Venisse (l’auteur de romans d’épouvante collection Frayeurs), Pierre Charles (le mythique maître d’œuvre de Ciné Zine Zone), et Jean-Claude Forestier. Le tournage eut lieu dans une carrière aux environs de Senlis. Une séquence montrait Vigouroux rêvant : il était dans un canyon où divers héros du western italien survenaient, se toisaient, se menaçaient de leur weapon et s’affrontaient pour finir (Trinita-Venisse, Sartana-Petit) à coups de baffes. Pierre Charles, armé d’un sabre, annonçait l’arrivée du Fossoyeur. Le pauvre Vigouroux ne savait plus où donner de la tête et paniquait un brin.
Les dialogues étaient exclusivement constitués de titres de westerns spaghettis comme Django arrive, préparez vos cercueils ; On m’appelle Trinita ; Sartana, si tes couilles encombrent la piste, sois cool et dégage-les !, etc.
« À l’époque Alain Venisse, qui avait été photographe à la Vallée des Peaux Rouges, connaissait un collectionneur de flingues. Je me souviens être passé chez lui, avant le tournage, pour y prendre les armes authentiques et les chapeaux qui ont servi dans le film... Je me souviens aussi avoir “doublé” mon ami Venisse pour la voix, un soir chez Jean-Claude Forestier. C’est bien loin tout ça... » m’a confié Alain Petit.
Quant à la photo qui agrémente ce papier (un document rare à préserver !), c’est un photogramme jadis établi par Alain Petit d’après de la pellicule super 8 récupérée dans la poubelle du monteur. Le personnage de gauche, c’est Alain Venisse. Celui de droite, c’est Alain Petit que vous pouvez retrouver de nos jours dans les bonus du Dernier Face à Face, du coffret Winnetou et de La Sorcière Sanglante (un beau DVD édité par Artus Films).

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Ajoutons qu’au cœur des années 80, donc bien avant ce pauvre Giré, Alain Petit publiait à compte d’auteur 20 ans de western européen, un fan book en 5 volumes dédié, comme son titre l'indiquait, au western européen. Au début des seventies, il s’était déjà fait remarquer avec, dans Creepy, de fuligineuses chroniques signées Brave Ghoul, et surtout avec Le Masque de la Méduse, son fanzine entièrement dévolu au cinéma fantastique (tiré à 300 exemplaires pour le n°1, 170 exemplaires pour le n°2 et environ 300 pour le n°3). Si d’aventure vous tombez dessus, méfiez-vous car une édition pirate a longtemps circulé. Les originaux sont au format 21/27 (et non 21/29,7), les trois sont ronéotés (et non photocopiés). La couverture du 1 est sur papier jaune, celle du 2 sur papier vert, et celle du 3 a été tirée en offset. Bonne chasse !

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12:19 Publié dans Baguetti | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : western, cowboy, cinéma