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28/04/2015

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15/04/2015

MITROPHANE CRAPOUSSIN

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Février 1889, la rédaction du Décadent est en liesse, Mitrophane Crapoussin, le maître « admirabonde », ni contrit ni butor, est devenu contributor :

Toi, la Pudibonde, sans nulle

Macule, j’ouvre la lunule

Des Ostensoirs où tu splendis !

Versification damasquinée sans pareille, ciselures de stylisticien virtuose. On le retrouve encore dans deux livraisons de la revue d’Anatole Baju, puis il disparaît ressaisi d’errance.

Voici Au café (une de ses pièces les plus abouties intitulée à l’origine Vampirio et parue dans Le Décadent n°30) :

Épandant comme un goût d’Ylang-Ylang fugace,

Il ostente ses clairs bijoux et l’éclatant

Plastron immaculé qui l’illustre d’autant

Assis qu’il est, ce soir, au frais sur la terrasse.

Le gaz joue en reflets alternés sur sa face

De cire blanche, efféminée, où, nonobstant,

L’ébène impollué des moustaches se trace,

Et lui confère on ne sait quoi d’inquiétant.

Il dévisage un gros monsieur qui se pavane

Alors qu’à son collet, molle et tiède, se fane

Une fleur qu’il eût mieux valu ne pas cueillir.

Et, tout en éructant le ciel bleu d’un havane,

Il se délecte à voir, en secret, tressaillir

Le gros monsieur qui se pavane avec sa canne.

Crapoussin est en tous points semblable à un astre dichotome, une face claire l’autre obscurcie. Catholique monarchiste impétueux dans L’Écho des Vallées, il est aussi des groupuscules artistiques les plus pâteux et gagaïstes de son temps : Vilains Bonhommes, Zutistes, Hydropathes, Hirsutes, Frédé et son âne Lolo

Est-ce une coïncidence ? En 1890, l’année du brevet Jacques Rouchouse pour son pistolet à répétition, on retrouve la trace du maître admirabonde, dans les échos à la poudre enfumante du Mercure de France : « En librairie prochainement Sur le Lotus de Mitrophane Crapoussin, recueil de poésies dont notre collaborateur Laurent Tailhade fut naguère autorisé à extraire la ballade qu’il nous a donnée. » La ballade en question, c’est l’art crapoussinesque dans son registre le plus breughélien :

Croûtelevés et marmiteux

De Nevers, de Chartre ou de Tulle,

Spatalocinèdes piteux

Couverts de gale et de pustule,

Ce bourgeois qui récapitule,

– Étant ladre mais folichon –

Le quantum de votre sportule,

C’est de la viande de cochon.

Certains prétendent que Crapoussin est un mythe, qu’il n’a jamais existé, qu’en vérité c’était Laurent Tailhade. Il est vrai qu’ils se ressemblent comme des frères jumeaux et qu’on peut les confondre : pareillement experts en décadisme et contorsion linguale, tous deux duellistes redoutables semant à l’occasion leurs membres sur le pré… Mais Jean Lorrain et Long Playing de Brinn’gaubast affirment avoir rencontré le maître admirabonde en personne, alors ?

En 1914, à soixante berges, borgne et manchot, Mitrophane Crapoussin se portera volontaire pour partir au front. Il déclarera crânement aux journalistes éberlués qu’être anar n’empêche pas d’être patriote.