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26/01/2013

GORDON MITCHELL OU LE DIABLE DANS LA GLACE

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À trop se regarder dans un miroir, on finit par y voir le Diable…

 

Sartana, si ton bras gauche te gêne, coupe-le !, c’est bien entendu Coriolano Gori et sa partition rapetassée qui gode aux entournures, c’est Benito Pacifico supervisor des castagnes et Dick Spitfire qui n’atterrit jamais…

Mais c’est avant tout Gordon Mitchell, mèche plaquée or 36 carats et voix de mêlécasse, dans un de ses meilleurs rôles : Burt Kelly le baddy-buildingue frénétique à la liquette lestée de Fabulon.

Ses apparitions, bien qu’à compter sur les doigts d’une main, régulent le film qui autrement calterait en anchoïade. Chaque fois c’est du théâtre énorme, du cirque magnifique. Chaque fois (ou presque) Mitchell est en train de jouer aux cartes devant la glace, un âpre duel au poker contre son propre reflet ! Et il est pas décidé à partager le pot avec l’adversaire ! Faut voir comme il lui gueule dessus à se chopper une quinte, comme il l’envoie se coucher ! Ah, il y va pas de main morte : « Arrête de tricher salopard ou je t’éclate le minois en morceaux ! »

Burt Kelly, c’est clair, souffre d’un trouble dissociatif de la personnalité. Dans sa tanière asymétrique du côté de Tacoma, où le fruit de ses rapines s’entasse de guingois comme ce retable à géométrie caligarienne posé de traviole, il tue le temps comme il peut en attendant de passer au Mexique.

Il lui arrive de jouer avec ses winchesters les pointant vers le plafond et faisant ratatata comme s’il s’agissait de kalachnikovs. Ses cheveux sont du même jaune clinquant que le laiton des boîtes de culasse : c’est lui assurément le Yellow Boy ! Il aime bourrader ses hommes (particulièrement Paolo Rosani et Dennis Colt), shooter dans les meubles ou lutiner Simone Blondell (la grande fille de Fidani) corsetée de cuir fauve qu’il retient en otage pour couvrir sa fuite.

Mais il préfère de loin taper le carton avec son doppelgänger devant la psyché !

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Il finira par le pulvériser d’un jet de tasse, excédé par ses manipulations équivoques et ses cartes truquées. C’est système Kwaïdan ça, radical comme de lamper le fantôme qui se réfléchit à la surface du thé !

Il est un exercice borderline auquel seraient conviés les apprenants rosicruciens : se fixer longuement dans un miroir jusqu’à y voir paraître leur double maléfique, peut-être même le Diable en personne. Fidani, adepte des sciences occultes, témoigne ici en mode burlesque de cette expérience, servi par un Mitchell phénoménal qui enlève les scènes d’une traite, sans bavure, en force genre Toshirō Mifune estoquant tout un régiment en une seule prise.

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Commentaires

Je ne sais pas si la comparaison est pertinente mais, à travers ta présentation, Gordon Michtell semble ici incarner une sorte de Des Esseintes "à rebours" : un homme qui, loin d'être "grêle et anémique" mais esthète dans son genre, vit seul chez lui à refaire sans fin une partie de poker qui voudrait peut-être parfaite... C'est pas mal comme univers esthétique. Cela me fait penser aux vieilles histoires juives où le soir le Diable s'invite chez certaines personnes...

Écrit par : Sourid_117 | 27/01/2013

Il vit pas seul, il est avec sa bande. Ouais dans le genre Des Esseintes, même "à rebours", j'ai déjà vu mieux !

Écrit par : Flingobis | 28/01/2013

J'ai fait ces commentaires par le prisme de ta présentation... mais en fait, je dois l'avouer, je n'ai pas encore vu le film... :-(

Écrit par : Souris_117 | 29/01/2013

Tu perds rien pour attendre, je t'en ai mis une copie vidéoasia de côté ! Ha ! Ha ! Un vrai nectar !

Écrit par : Flingobis | 30/01/2013

A déguster entre connaisseurs, alors :)

Écrit par : Sourid_117 | 30/01/2013

Je déconseille à m'sieur Tarantino, bon faiseur de films politiquement convenables dans le système hollywoodien, de se lancer dans un remake de Fidani. Même avec Christoph Waltz pour le rôle de Burt Kelly, il arriverait pas à faire aussi décalé...

Écrit par : Flingobis | 31/01/2013

Les commentaires sont fermés.