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20/09/2012

THE STRANGER RETURNS

Déjà du temps de ma jeunesse circulait cette fable idiote de la trinité des Sergio pères fondateurs du spagh. Elle perdure toujours, tellement commode, passant à la trappe ou minorant des auteurs valeureux. Mes pieds nickelés du genre furent et demeurent Sergio le Lion, Pettito le Strange (servi par Baldi !) et Demofilo le Foutraque. Ça tient de la sensibilité personnelle, ce n’est pas une révélation d’ordre quasi divin comme la théorie des trois Sergio devant laquelle il est convenu de se prosterner.

Aujourd’hui il sera question de Pettito et du retour de son Stranger. Sans même parler des amazones, les représentations de cavaliers sous riflard abondent tout au long de l’histoire. Un bas-relief montre le roi sassanide Khosrow II chevauchant à l’abri d’un parasol. On connaît le portrait équestre du chancelier Séguier (par Charles Le Brun) escorté de ses gitons qui lui tiennent haut le pébroque.

Leone, ce visuel inspiré, poursuit magnifiquement la tradition lorsqu’il montre Tuco, mamamouchi à cheval sous une ombrelle de donzelle, avec Blondin à ses côtés qui rissole comme une pomme au four ! Nous sommes en 66. L’exemple va être suivi : Jodorowsky en 70 dans El topo, Juan Bosch en 72 dans Il mio nome è Scopone e faccio sempre cappotto… Mais le premier à avoir vaillamment emboîté le pas à Leone, c’est Pettito en 67 dans The Stranger Returns. Il scénariote et Luigi Vanzi dirige…

Un canasson bien tranquille, pas bourrin pour deux sous, foule le sable de la piste au pas espagnol, comme si c’était la Piste aux Étoiles. Il est monté par Pettito soi-même qui se protège du soleil avec une ombrelle œillet mignardise.

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L’ombrelle, c’est la touche de finesse féminine dans un monde de rustauds, la petite note douçâtre dans le ragoût saumâtre, le brin de muguet dans les cactus…

Pettito petit troll n’a pas peur d’affirmer sa part de féminité comme on dit : en plus de l’ombrelle, il porte un long johns tricoté en laine rose, dont on ne voit (manque de peau pour les dames !) que les manches effilochées au sortir du poncho.

Pettito s’en fout d’avoir l’air d’un foutriquet un peu pédé, il se sait viril poil au nombril. D’ailleurs Wayne aussi, dans Alamo, mettait des sous-vêtements monopièce de couleur gay pour faire fun, rien d’équivoque. Mais du fin fond de sa pizzeria pataphysique, plus qu’au Duke, c’est à Clint et à l’homme sans nom que Pettito a songé. Il en a repris le dépenaillement étudié, l’habilité retorse aux armes. Les queues d’ail qu’il s’applique à fumer « Can he roll a cigarette ? » ça c’est un truc perso…

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Entre 2 prises Pettito fait le gol avec son Single Action Army

 

Pettito sait se montrer conforme au vieil adage : « Le monde se divise en deux catégories, ceux qui ont un flingue chargé et ceux qui creusent ». Lui il creuse, et deux fois plutôt qu’une ! Sa propre tombe si on le lui demande gentiment ! Et sans envoyer traîtreusement de pelletée de gravats à la figure ! Mais attention gare au choc en retour, à la subite détente reptilienne… « Can he kill ? Only when necessary and it’s always necessary ! »

The Stranger Returns : l’histoire d’une diligence fatiguée qui, sous ses boiseries vermoulues, était toute de métal précieux. « Sous les pavés, la plage ! » disaient les utopistes de mai 68. « Sous les planches, l’or massif ! » disent les bandits en démantelant la vieille malle-poste… Cette trouvaille géniale de la gold stagecoach à revêtement cheap (si excitante pour l’imagination et qu’on peut sans trop se tromper imputer à Pettito) me rappelle, dans sa pagode de Bangkok, un super Bouddha moulé : 5 tonnes d’or enduites de stuc par les moines qui voulaient cacher sa valeur !

Voyons un peu de quoi est fait le gang d’indélicats capteur de la précieuse Wells Fargo. Ils sont tous assez standard mais on en remarque deux bien prononcés : En Plein (l’excellent Dan Vadis) pointu à la winchester (il fait sauter à vingt-cinq mètres le soutien-gorge d’une péone !) et Chrysler (Raf Baldassare) à la longue langue lubrique…

Pettito, qui a pris l’identité d’un U.S. postal inspector retrouvé en nénuphar flasque dans un abreuvoir, entreprend de traquer (assez flegmatiquement au début) ce tas de desperados.

S’il est vrai que l’habit ne fait pas le moine, souvent le gun transfigure le gone. Une fois uni par un prédicateur zazou (Marco Guglielmi) à Big Mariette, la machine gun à quatre canons tournants (à côté de sa puissance de feu l’Enfer paraît de glace !), Pettito va accomplir des prodiges balistiques réduisant au final les voleurs en lemon marmalade.

Désormais Big Mariette ne le quittera plus, steampunkisée toujours plus fort au fil des opus. Dans Get Mean (1976), avec son improbable frontgriff et son bloc canons courtaud, Big Mariette apparaît comme l’anticipation manifeste de Big Baby la poivrière de Hellboy.

On se souvient du final sublime de Get Mean quand Pettito part au combat, résolu et mélancolique, enguirlandé de bâtons de dynamite à la manière d’un sapin de Noël : « The only way to fight is... get mean ! » Et il éclate d’un coup de sa Mariette la lourde blindée de Lloyd Battista !

Pas trop de glaucosités, de cul morbide dans The Stranger Returns. Sang et sperme n’y sont pas brassés complaisamment comme dans les pires deadly spaghs. On assiste pourtant à un viol, mais elliptique et qui a le mérite de révéler l’organe préhensile amusant de Baldassare ! Quant au gag à teneur érotique light où Pettito tombe au chevet d’une dame dénudée - xcuse me mam ! - il appartient au registre plaisant de la farce.

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Dans ce même registre, le film recèle un morceau de haulte graysse unanimement célébré par les spagueux. Rien que pour le plaisir de l’assonance, je le désignerai comme le balthazar de Baldassare encore que balthazar soye un bien grand mot pour qualifier la collation de viandes froides en question. Pettito va s’inviter à table et, en dépit des gesticulations et des effets de langue démoniaques de Rafie, le sécher d’un tour de son moulin à épices quadruple charge.

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Il est de bon ton, chez les intellos en peau de lapin toujours à l’Ouest, de prêter à Pettito un jeu et un charisme de plante potagère. Rien de plus faux. Non seulement c’est un acteur de dimension shakespearienne (comme son ami Lloyd Battista) capable d’insuffler humour et émotion dans les schémas les plus saugrenus, mais c’est aussi un physique exempt de doublure lorsqu’on en vient à le pendre par les pieds !

À quand chez nous une édition collector soignée de la Tétralogie du Stranger ?

Commentaires

Présentation détonante de ce spagh ! Sa fulgurance stylistique et ses images acérées me forcent à apprécier un genre que je trouve relâché. Même effet sur moi que les chroniques de J-K Huysmans sur les œuvres des Impressionnistes...

Écrit par : Ruby | 20/09/2012

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