25.08.2009

THE GREAT NORTHFIELD MINNESOTA RAID

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«Our national sport, gentlemen, is shooting. »

Cole Younger

 

Parce que le film montre d’entrée les frères James aux ouatères, certains (toujours les mêmes !) veulent y voir une relecture désenchantée du mythe. Pensaient-ils par hasard que les héros ne chiaient pas ? La défécation est un acte vital seulement tabou chez les constipés. Assister à celle des frères James (qui partagent tranquillos des gogues de campagne en planches et compulsent le PQ annoté par Cole Younger) est un moment western privilégié, une scène intime, drôle, qui cimente et exalte la légende bien plus que ne sauraient l’imaginer Patrick Brion et consorts, car pour de vieux guérilléros comme Frank (John Pearce) et Jessie (Robert Duvall) caguer de concert donne l’avant-goût de la merde qu’on ira foutre dans les lignes ennemies !

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Chez Sidonis, c’est pourtant Patrick Brion le présentateur de The Great Northfield Minnesota Raid. Patrick Brion, historien autoproclamé du cinéma, n’a rien à dire et de cela il s’acquitte très bien. Avec sa bouche en cul de poule, il pond des bulles genre : « Le Jesse James d’Henry King est un film… superbe. » N’en attendez pas davantage de cet embryon Brion au charisme de mouton de poussière, il vient de vous communiquer toute sa science, il a atteint ses limites. On jurerait le jumeau latex de Guy Lehideux !

Jessie James était méchamment mégalo. Il lui arrivait d’infiltrer les colonnes du Kansas City Times pour se comparer à Jules César et Bonaparte. Il avait aussi des visions façon les prophètes, voyez. Et le don du “parler en langue” qu’accorde le Saint-Esprit lorsqu’il se manifeste et remplit ceux sur lesquels il est descendu. Jessie parlait en “langue” avec l’accent péquenot du Missouri mais bon… Toutes ces dispositions, historiquement attestées, il me semble qu’il les tenait plus ou moins de son papa pasteur baptiste. Robert Duvall, dans le film, restitue pétulamment le côté parpaillot allumé de l’outlaw magnifique. Il est, de loin, le meilleur Jessie James de toute l’histoire du cinéma, battant à plates coutures Tyrone Power et Brad Pitt.

Or donc, ce matin-là, au sortir des cabinets, Jessie a une vision. Le voilà qui riboule des calots, saisi de transe glossolalique : « Ass cram… Ass cram… Pack-a-dally… » Puis ses paroles se font moins sibyllines : « North… North… Northfield !!! » La Gomorrhe yankee et son coffre-fort maousse viennent de lui apparaître comme dans un songe et il en bégaie d’émotion ! Là-bas dans le Minnesota, une banque pleine d’or ! Le coup fumant à réussir avant l’amnistie ! Jessie exulte, vaticine à perdre haleine : « Yiiihaaaa !!! Une pluie de feu va pas tarder à s’abattre sur Northfield les gars, car ils sont tous noirs de péchés dans ce trou ! » « Yiiihaaaa !!! » Bouste-troupe ! Tout le gang hilare et surexcité décarre au grand galop, roule comme le vent en direction de Northfield et sa First National Bank

Mais Cole Younger (Cliff Robertson), avec les siens, s’est déjà insinué dans la place. Est-ce un ange envoyé par Dieu enquêter sur la moralité des gens de Northfield ? Peut-être. Un ange barbu alors, qui ressemble à Ribouldingue et qui pétune ! En attendant de soulager la First National de ses pépites, Cole fricote avec son directeur le peu scrupuleux Wilcox (Robert H. Harris), assiste à des matchs bien bouseux de baseball et s’émerveille devant les tracteurs à vapeur qui commencent à circuler en centre-ville ! Il est cool, Cole ! Jamais il ne quitte (même pour le bain ou chez les filles) son gilet pare-balles tout cuir massif confectionné selon ses instructions par un bourrelier de Kansas City. Une super protection pour la cage thoracique, le cœur, les poumons, le foie, les reins, la colonne vertébrale, absorbant les impacts, bien utile quand on a cet enragé de Pinkerton (Herbert Nelson) et ses tireurs d’élite aux trousses ! D’ailleurs criblé comme il l’est, si d’aventure il l’ôtait, ça désobstruerait sans doute ses trous de balles. (Sans compter le sien naturel, il en a vingt-six !) Et ça giclerait partout comme de la pulpe de sanguine d’une pomme d’arrosoir, ça incommoderait les dames, pour sûr !

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Cole avait planifié le braquage de la banque sur un bout de moltonel, sans haine ni violence, méthode Spaggiari, les flingues qu’en cas de coup dur. Jessie passe derrière, s’approprie l’idée et ça tourne à l’écharnage !

Sorti en 1972, dans les traces encore chaudes de The Wild Bunch et précédant Pat Garrett & Billy the Kid d’une année, le film de Philip Kaufman s’apparente largement à ces masterpièces. On y retrouve de mémorables acteurs du cycle épique peckinpahnien : R.G. Armstrong, Luke Askew, Matt Clark ; et une vision analogue (également chère à Leone) du Vieil Ouest sauvage à l’orée des temps modernes. (On se souvient de Pike extatique devant la caisse à essence du général Mapache. Ici, c’est Cole qui fait une fixette sur les locomobiles du nouveau machinisme agricole !)

Du point de vue de l’authenticité des faits rapportés, The Great Northfield Minnesota Raid tient pas trop mal la piste. C’est avant tout un hommage rendu aux aptitudes peu communes de Cole Younger, l’original concepteur des attaques à main armée de trains et de banques, le vrai boss du gang. Le rayonnement de Jessie obscurcissant le plus souvent celui de Cole, il y a là de quoi étonner. Pourtant, à une ou deux exceptions près, les événements montrés par Kaufman sont historiquement justes, et le portrait qu’il trace des hommes l’est aussi : Jessie pétait facilement les plombs, et le plomb par voie de conséquence ! Jim Younger, le frère de Cole, a bien eu la lèvre supérieure arrachée par les Yankees. (La composition que donne Luke Askew de ce mutilé de la face réduit au silence, avec sa pathétique fausse moustache en crin, est proprement fascinante !)

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En ce qui concerne le nombre de blessures par balles de Cole, il en reçut réellement onze. Kaufman, l’en constellant de vingt-six, gonfle le chiffre généreusement, mais bon… on a la tête épique ou pas ! Cole fut bien l’inventeur du premier bulletproof de conception moderne, véritable sous-vêtement de protection balistique en cuir tanné à la saumure, renforcé par des plaques de blindage. Certes, à Pecos, Deacon Jim, équipé d’un morceau de fer sous sa liquette, essuiera sans désagrément le tir soutenu du sheriff Bud Frazer, mais cette histoire tombe tardivement, en 1894, et nous sommes loin du gilet pare-balles déjà high-tech de Thomas Coleman Younger. On peut voir cette relique taille XXL, ajourée comme une meule de gruyère, dans une vitrine du National Firearms Museum (où sont exposés également le Whitney calibre .36 utilisé par Cole lorsqu’il servait comme officier de l’Armée Confédérée, et son Colt Navy 1851 modifié par ses soins pour recevoir des cartouches métalliques.)

Seul gros couac : la fuite finale des frères James en boguet, Jessie déguisé en Ma Dalton. Grotesque autant que diffamatoire, historiquement infondé. À croire que Kaufman en voulait personnellement au brigand bien aimé ! On comprend que ça ait clashé, sur le tournage de The Outlaw Josey Wales, entre Clint Eastwood de forte obédience mytho et Philip Kaufman outrageux à ses heures à la manière des Marx Brothers.

Mais les mythes ont la peau dure, et les voir passer un peu au karcher de l’humour casher n’est pas pour me déplaire. Contrairement à ce que racontent les blockheads, ils en sortent renforcés.

Commentaires

Pas mal, mais je pense que Tepepa aurait fait mieux ! :)

Écrit par : Jo La Seringue | 25.08.2009

Il t’a payé combien ce rascal de Tepepa pour que tu viennes écrire cette ineptie dans mon blog ?

Écrit par : Flingobis | 25.08.2009

Il l'a perdue comment sa lèvre Jimmy Younger ? Balle nordiste ou torture ?

Écrit par : tepepa | 25.08.2009

Captivante, ta critique ! Je vais de ce pas m'acheter le DVD. Un Jesse James déjanté, ça m'accroche plus qu'un Jesse James tourmenté ! Et l'univers caca-présage-hémoglobine rendu épique, alors ça, j'attends de le voir !!!^^

Écrit par : Souris_117 | 26.08.2009

Pas la peine Souris, je te l'ai déjà acheté et mis de côté ! :)
Balle je pense, car s'ils l'avaient torturé, il en serait sorti sans doute davantage défiguré.

Écrit par : Flingobis | 26.08.2009

Youpi !^^

Écrit par : Souris_117 | 26.08.2009

T'emballes pas la Souris, faut d'abord que tu l'invites à dîner! :)

Écrit par : tepepa | 26.08.2009

Il est toujours très plaisant d'avoir Flingobis à sa table, car avec lui, au moins, on peut échanger des anecdotes !

Écrit par : BizonNoir | 28.08.2009

Merci cher Bizon, et il est vrai que mieux vaut échanger des anecdotes que des coups de pied au cul ! :)

Écrit par : Flingobis | 28.08.2009

Je l'ai enfin vu, et je n'ai pas été déçue ! Jesse James franchement mystico-gaga est un guérillero maniaco-pas dépressif qui se fait un plaisir de trouer la peau du premier Nordiste "mâle venu". Quant à Cole Younger, j'adore la coquetterie qu'il a à l'oeil. On dirait un gros nounours en balade à la recherche de miel aux "éclats d'or trébuchant".^^

Écrit par : Souris_117 | 03.07.2010

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