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23/07/2009

LA MALÉDICTION DES ROCKERS

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« Approchez mesdames et messieurs ! Venez replonger dans le monde oublié de vos rêves perdus, revivre les plus beaux moments de votre jeunesse ! La pureté du rock retrouvé illuminera vos têtes pailletées ! Venez twister avec les Chacals de Béthune, ce groupe que nous avons exhumé congelé de la cave en ruine du Mont-Blanc à Asnières… »

C’est comme ça qu’Albert, soutenu par sa fanfare poliorcétique, bonimente à l’entrée d’une baraque foraine. La foule, subjuguée par tant de bagout infernal, est aspirée à l’intérieur comme dans le ventre de Moloch. Elle va assister à un spectacle plein de clinquante fureur : la fabuleuse épopée du Rock’ n’ Roll retracée par des comédiens ambulants… Mais un drame éclate au beau milieu de la représentation ! Le spectre de Gene Vincent, tout de cuir noir vêtu, apparaît et assassine, sous les yeux du public épouvanté, Rocky Gonzales un rocker régional qui s’appliquait à massacrer Be-Bop-A-Lula. (On songe à Beef of course !)

Tel est l’argument du premier opéra rock français La Malédiction des Rockers (joué à la Biennale de Paris puis à Bobino), tel le trouve-t-on (à l’huile) exposé aux détours de la piste vinyle sortie en 1971 chez Riviera (deux ans après Tommy, trois ans avant Phantom of the Paradise !), avec cette précision de taille : c’est un fervent hommage à tous les pionniers du rock et particulièrement à Gene Vincent décédé cette année-là :

Toi le Génie tu es parti

comme autrefois le Messie

Toi grand Génie tu es parti

chanter d’autres mélodies…

Et dans le Ciel ta chaîne dorée

de mille feux irisés

brille si bien que l’on dirait

une étoile du berger…

Ces paroles de G. Santacana et D. Benoliel, tirées de la plage Les Chemins du Paradis, sont touchantes de mysticisme naïf. Mais juste avant leurs évaporescences, le trépas du rocker se trouvait évoqué dans un registre qui, lui, n’a rien de sulpicien :

C’est par une sombre soirée d’automne, le 11 octobre 1971, que la Mort, horrible, est venue cueillir de ses doigts crochus le héros Gene Vincent. Elle était suivie d’un vrombissant cortège d’anges sauvages. On dit que le sang coulait de sa bouche. Il est mort de désespoir avec hémorragie.

En fait, cet opéra, hormis les titres Les Chemins du Paradis et J’avais 20 ans (qui raconte la guigne d’un rocker à la Moustique !), est une enfilade de hits, une généreuse "plâtrée" de classiques du rock repris le plus souvent dans leurs fumantes adaptations françaises : Long Tall Sally, Eddie sois bon, Dactylo Rock, C’est pas sérieux, Hey Pony, Le Diable en personne, C’mon Everybody, Baby Blue, Be-Bop-A-Lula

À leur écoute, on se régale, on se pourlèche comme à un bon chili, une bonne choucroute, d’autant que, trouvaille sans pareille, de petits sketchs rigolos ont été enchâssés entre chaque morceau. Ces gags intercalaires, où l’on retrouve de façon déjantée La minute du bon sens de Saint-Granier ou Le club des poètes (Bonsouâr amis, bonsouâr !), témoignent du goût d’Albert (alias Rocky Gonzales le maître d’œuvre de La Malédiction des Rockers) pour les radiophonies ancestrales, les feuilletonneries furaxiennes d’un autre âge.

Des années plus tard, il pourra d’ailleurs s’épancher pleinement dans ce domaine en créant sur les ondes de France Inter Les aventuriers de l’aïoli perdu.

L’opéra fut mis en boîte au Strawberry Studio du château d’Hérouville, lieu de légende où David Bowie, flanqué de Mike Ronson, Trevor Bolder et Aynsley Dunbar, bobina par la suite les pistes magnifiques du coruscant Pin Ups.

En 1972, La Malédiction des Rockers reparaît sous forme d’un très classe petit 25 cm Barclay produit par Patrice Blanc-Francard, aujourd’hui pièce de collection inestimable. Les intermèdes facétieux y figurent toujours, mais l’œuvre a été dégraissée. Finie l’ouverture Barnum Circus, l’ambiance Parade mâtinée de Freaks. Exit la fanfare poliorcétique. Les Chacaux de Béthune occupent à présent tout le devant de la pochette rose saumon dans des postures foutrement early rock’ n’ rollesques, comme au bon vieux temps des Chats et des Chaussettes ! On reconnaît Fred Chichin en héron dégingandé et Rocky Gonzales avec ses ray-ban.

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Mais au fait, qui est Rocky Gonzales ?

Un mec hors du commun, une figure picaresque. De son vrai nom Georges Ohanessian, né à Marseille le 1er décembre 1946 de parents arméniens réfugiés, il va au début des seventies étudier aux Beaux-Arts de Paris, faire des BD dans Actuel et créer son rock musical. En 2007, il a expliqué à Marc Touché ses intentions d’alors : « Je voyais mourir tous ceux que j’aimais : Hendrix, Jim Morrison, Gene Vincent… C’est pour ça que ça s’appelle La Malédiction des Rockers. Gene Vincent, pour moi, a toujours représenté la douleur, le gars qui souffre parce qu’il a une jambe artificielle. Quelque part, son combat était pareil au mien, mon combat d’Arménien, de fils de survivants d’un génocide… Quand j’avais douze ans, je ne comprenais pas pourquoi les Indiens d’Amérique perdaient toujours, mais c’étaient des losers magnifiques, des Gene Vincent, des types qui étaient les meilleurs sans être au sommet, et qui en plus disparaissaient en laissant des choses très fortes… »

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Je le disais à l’instant, le regretté Fred Chichin fut du line-up. Avant de mourir, interviewé par Télérama, il avait usé de la mâle diction des rockers pour dénoncer, sans souci du camp-du-raton, les méfaits du rap : « Je suis resté deux mois avec une quarantaine de rappeurs. C’est édifiant sur le niveau et la mentalité ! Le rap a fait énormément de mal à la scène musicale française. C’est une véritable catastrophe, un gouffre culturel. La pauvreté de l’idéologie que ça véhicule : la violence, le racisme anti-Blancs, antioccidental, anti-femmes… »

Et il avait ajouté ceci, que je reproduis à l’intention de mes lecteurs westerneux : « Tout jeune, j’étais confronté à une contradiction flagrante : mon père était un communiste fou de westerns, mais, à cause de ses convictions, il les voyait en cachette. Parce qu’officiellement il fallait détester le western américain, pur produit de l’idéologie impérialiste US. J’ai appris le nihilisme, la haine de ce que l’on est. Tout ce qui n’était pas blanc était formidable, tout ce qui était blanc était mal. »

Des propos aussi lucides et courageux méritent d’être salués et répercutés.

Alors ? À quand la résurrection des rockers et la mâle éviction des râpeurs ?

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Commentaires

Hélas, ce n'est pas la jeunesse de tous, mais avec cette évocation haute en couleur, on s'y croirait !^^

Écrit par : Souris_117 | 26/07/2009

j'ai connu un premier album de albert et sa fanfare très" beaux arts" avec plein d'étudiants architectes qui furent, qui sont architectes aujourd'hui , avec une pochette façon "sergent peeper "est ce que ma mémoire defaille?

Écrit par : marco | 27/08/2009

Non non, c'est bien ça !

Écrit par : Flingobis | 28/08/2009

Ma mère se cachait parce qu'elle était communiste et catholique
Je comprends ce que Fred Chichin disait
En tout les cas comment peut-on avoir le cd "La malédiction du Rock" savez-vous que Gène Vincent souffrait c'est vrai mais en plus mais en plus Eddy Cochran lui manquait, il nous l'avez dit lors que nous l'avions rencontré au Palis des Sports à Paris en 1963
Merci pour le renseignement j'aimerais aussi savoir la liste des membres des "Chacals de Béthune" et leur discographie pour l'encyclopédie sur les groupes des années 60 que j'écris
Amitiés
René Comas

Écrit par : René Comas | 21/01/2010

Le line-up a dû souvent changé, et tout un tas d'étudiants des Beaux-Arts y passer... Le seul truc que je peux encore vous dire c'est que les Chacals sont devenus ensuite le groupe Elvis Platiné. Bon courage pour votre encyclopédie ! :)

Écrit par : Flingobis | 24/01/2010

Comment peut-on se procurer un album des Chacals de Béthune, ou La malédistion des Rockeurs
C'est fou de ne pas trouver même sur le net
Merci d'avance

Écrit par : Comas René | 24/02/2011

Bonjour
j'aimerai savoir si le groupe "les chacals de Béthune" s'est produit à la MJC d'Hérouvile St-Clair au début des années 70 ?

Écrit par : sylvie | 31/10/2012

J'ai ce disque, c'est un icône, probablement mon premier vrai disque. A mon souvenir, Georges Ohanessian, après cette aventure, a continué de chanter avec Elvis Platiné, et les Chacals du Bitume, écumant dans les années 70 le sud de la France et tous les grand festivals rock, puis sous le nom de Jo Corbeau, qui devint chef de fanfare dans les rangs des supporters de l'OM. De grande soirée, notamment sur une péniche à Issy les Moulineaux. De la folie pûre et douce, les bananes suspendues aux fil de séchage du linge, etc.. Quelques uns ont fondé au Bonheur des Dames je crois, toujours dans le même délire, d'autre avec Ramon Pipin.....

Écrit par : jb | 05/03/2014

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